Rencontre d’artiste : entretien exclusif avec Léopold Goutsop

Nimble Feathers
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L’ŒUVRE QUE J’AI INSCRITE SUR LES MURS, MÊME SI ELLE N’EST PAS PERÇUE INTELLECTUELLEMENT EST PERÇUE DANS LE SUBCONSCIENT DE CELUI QUI LE CONTEMPLE.

Léopold Goutsop

Dans son art, les couleurs ont une importance tout aussi capitale que son amour pour le pinceau. Jeu de captation, de séduction et derrière, un message à passer, découvrez l’artiste dans son élément.

Vous êtes du groupe d’artistes plasticiens ayant réalisé les fresques murales sur le mur de l’UL. Quels ont été vos sentiments lorsque vous avez été choisi pour cette tâche ?

Un sentiment d’enthousiasme mêlé à de la crainte, j’avoue. Je suppose que c’est comme le trac que ressent chaque artiste musicien avant de monter sur scène. Il y avait une petite crainte, car il ne s’agissait pas d’un tableau fait à la maison, mais d’une plus grande œuvre en public. Un mauvais travail pourrait arrêter la carrière qui venait à peine de commencer, mais j’ai pu retrouver courage, car je savais que Dieu allait m’inspirer et me donner de la force.

L’art, est-ce une passion enfouie en vous depuis tout petit et révélée par votre ancien professeur Éric Wonanou ?

Je dirais plutôt qu’à mon arrivée à l’EAMAU, j’ai trouvé un environnement favorable à l’éclosion de mon talent artistique. D’abord avec mes amis et aussi avec le cours que dispensait M. Éric Wonanou. Il nous amenait à questionner et à voir autrement l’art. Et je pense que cela a contribué grandement à développer le sens artistique.

Vous avez organisé en 2017 une exposition sur le thème « les couleurs pour changer le monde. » C’est quoi le bien-fondé de cette exposition ?

Cette exposition nous a permis de nous découvrir, c’était une première pour nous. Et vous allez remarquer que nos œuvres portent toujours des messages ayant trait à la vertu. L’idée de cette exposition était donc d’utiliser notre pinceau comme la plume d’un écrivain pour dévoiler les méandres de notre société et aussi pour partager notre vision d’un monde meilleur.

Quelle est la place que vous accordez aux couleurs dans vos créations ?

Avez-vous déjà imaginé le monde en noir et blanc ? Cela dégage un sentiment triste. La couleur est liée à la vie, à la diversité. L’amour a une couleur, la paix évoque une couleur. La nature a compris l’importance des couleurs et elle en use pour nous séduire. Les fruits mûrs sont souvent de couleurs chaudes entre le jaune, orange et rouge juste pour nous attirer. Regardez les fleurs, elles sont éclatantes pour attirer les abeilles. De même, j’use des couleurs pour attirer et passer mon message.

Votre travail artistique s’inscrit dans la réflexion sur la transmission des souffles et des valeurs qui permettraient l’évolution de la condition humaine, de la société et des nations tant sur le plan spirituel que matériel. Quelles sont ces valeurs dont vous faites mention ?

Vous savez un jour, j’ai réalisé ceci : la terre est un, mais nous l’avons divisé en continent, le continent est un, mais nous l’avons divisé en pays, les pays sont divisés en régions, les régions en département, les départements en arrondissement ensuite en village, les villages sont divisés en quartiers, les quartiers en clans, les clans en familles, dans les familles on a des groupuscules d’intérêts… les divisions spirituelles règnent… Aujourd’hui, mon message n’est pas porté sur les valeurs africaines ou patriotiques. Mais sur l’amour de son prochain en tant que son autre soi. Que nous soyons blanc, noir, rouge, togolais, béninois, chrétiens, musulmans etc…

C’est ce que le spectre de couleurs nous enseigne. Il comporte sept (7) franges distinctes, mais formes un tout : la lumière blanche. Si une couleur venait à manquer, nous n’aurions plus la lumière dans toute sa beauté. Nous sommes un tout, pensons-y. Si nous le comprenons, la paix, la tolérance, le pardon, la bienveillance deviennent une évidence pour nous.

Pensez-vous que vos actions ont déjà des effets positifs ?

Bien que je ne puis mesurer de façon significative mes actions, je sais une chose : la matière a une mémoire, les travaux scientifiques l’ont démontré. L’œuvre que j’ai inscrite sur les murs, même si elle n’est pas perçue intellectuellement, elle est perçue dans le subconscient de celui qui le contemple. Parce que la perception de l’art va au-delà de la conscience. De même, celui qui lira cette interview sera édifié.

Que mettez-vous dans « le cheminement vers l’émergence », M. Léopold ?

Si dans une société les hommes incarnent réellement les valeurs que j’ai citées plus haut, imaginez vous-même l’éclat de cette société. On n’aura pas de besoin de violence, pas besoin de guerre de pouvoir. De prédation d’un groupe sur un autre groupe. L’émergence serait réelle, et non pas une fiction économique destinée à enrichir les grands groupes.

Vos perspectives

Je suis architecte à la base donc je poursuis l’expérience dans ce sens aussi. Et d’un côté, je continuerai à rechercher l’excellence dans les différents domaines où je suis sollicité et à cultiver les valeurs que j’ai cité tout haut. En espérant voir naître un jour cette société idéale.

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